
Après deux ans d’exploration qualitative dans la zone sanitaire Allada-Toffo-Zè sur les déterminants de l’utilisation des services de santé de la reproduction ( Ssr) le long du continuum des soins au Bénin, le Centre de recherche en reproduction humaine et en démographie ( Cerrhud) vient de procéder à la restitution des résultats. C’était ce jeudi 19 mars 2020 au Codiam de Cotonou sous la supervision du directeur dudit centre, Dr. Jean-Paul Dossou.
Ghislain Gbènakpon
« Ce que nous avons mis en évidence que beaucoup de gens connaissaient, mais que sur le plan scientifique on n’avait pas encore vraiment mis le doigt dessus, c’est que les populations utilisent un grand groupe de soins qu’on peut appeler des soins spirituels. Les soins biomédicaux existent, on les connait. Les soins alternatifs à savoir les feuilles, plantes, les décomptions , les peaux d’animaux etc aussi. Mais il y a ce grand groupe de soins spirituels que ce soit d’inspiration vodoun comme la consultation du fâ ou d’autres formes de pratique spirituelles ou que ce soit d’inspiration chrétienne dans les couvents de l’Eglise du christianisme céleste par exemple, ou dans d’autres espaces évangéliques ou musulmans. Plusieurs confessions religieuses ont à différentes étapes de cycle de la santé sexuelle et reproductive des types de soins pour accompagner le Ssr. Et c’était important pour nous de les décrire et de comprendre comment cela influence l’utilisation des soins médicaux, la survie des enfants, la santé des femmes avant la grossesse, pendant la grossesse, avant, pendant l’accouchement ou après ». C’est un peu en ces termes qu’à la faveur d’une interview à la presse, Dr. Jean-Paul Dossou a donné un aperçu général des résultats des recherches du Cerrhud à Allada sur les déterminants de l’utilisation des services de santé de la reproduction le long du continuum des soins au Bénin. Pendant deux ans donc, Dr. Jean-Paul Dossou et ses collaborateurs ont partagé la vie des femmes d’Allada en ce qui concerne l’utilisation des services de santé de reproduction. « C’est d’abord une approche innovante pour aborder la question de la santé sexuelle et reproductive. Vous connaissez les problèmes que cela cause. Les femmes meurent en voulant donner la vie. Ce qui est une injustice sociale, un fléau qu’il faut combattre. Il y a plusieurs approches pour combattre ce problème. Et l’une des approches est de rester dans la formation sanitaire et de demander aux femmes de venir vers nous lorsqu’elles ont des problèmes. Et parfois nous sommes dans la logique que quel que soit alfa, les femmes savent les soins que nous offrons aux populations et qu’elles doivent les utiliser comme nous le voulons. Mais nous ne nous posons pas souvent la question du point de vue des populations de savoir, comment est-ce qu’elles perçoivent ces soins, et pourquoi elles l’utilisent et pourquoi elles ne l’utilisent pas ? », a fait observer Dr. Jean-Paul Dossou. Durant les travaux de l’atelier de restitution nationale ce jeudi 19 mars, il a été présenté aux participants, les résultats de la collecte des données au niveau des pratiques biomédicales de soins, des pratiques alternatives de soins, des pratiques spirituelles de soins. Il a été aussi question de la présentation des différentes pratiques observées le long du continuum de soins à Allada.
Perspectives
Dans ses échanges avec la presse, Dr. Jean-Paul Dossou a fait savoir que le Cerrhud va continuer à travailler à Allada pour voir quelles sont les actions qu’on peut mener en tenant compte du contexte lié aux résultats de la recherche pour mieux adapter les services de soins biomédicaux aux besoins des populations. « En allant recourir à des soins spirituels voire des soins alternatifs, ces populations expriment des besoins que les services biomédicaux n’arrivent pas à leur offrir de façon exhaustive. On peut voir si au niveau des soins biomédicaux, on peut se réorganiser, s’adapter. L’Autre chose importante est de voir s’il y a par exemple des pratiques alternatives ou spirituelles qui sont peut-être nuisibles et sur lesquelles les autorités doivent être informées et avoir des politiques claires. Il vaut mieux voir la réalité en face que de l’ignorer et de ne pas travailler avec », a-t-il soutenu pour finir.














