
Grâce à la politique mise en œuvre par le gouvernement, les hépatites ne doivent plus normalement être cause de décès aujourd’hui au Bénin. Telle est l’assurance qu’a donnée le Pr Nicolas Kodjoh, professeur des maladies digestives et du foie et Coordonateur du Programme national de lutte contre les hépatites virales au Bénin. C’est à la faveur d’une interview qu’il a accordée à la presse en marge d’une reddition de compte à laquelle quatre programmes projets dont celui relatif à la lutte contre les hépatites ont été soumis. C’était ce mardi 19 novembre à Bénin Royal hôtel dans le cadre du programme Redevabilité de Social Watch Bénin. Le Pr Nicolas Kodjoh a levé un coin de voile sur les avancées enregistrées dans la mise en œuvre du Programme national de lutte contre les hépatites ainsi que les difficultés auxquelles il fait face. Lire l’entretien.
Cause Commune : Quelles sont les actions prévues dans la mise en œuvre du programme national de lutte contre les hépatites au Bénin ?
Pr Nicolas Kodjoh : Il est prévu des actions de prévention pour éviter que la population attrape ces maladies ; parce que ce sont des maladies que l’on peut éviter lorsqu’on est informé des moyens de prévention. Parmi les moyens de prévention, il y a pour l’hépatite B essentiellement la vaccination. Lorsque vous êtes vacciné, vous ne faites plus cette maladie toute votre vie. Et l’action la plus importante, c’est de vacciner tous les nouveaux nés dans les 24 h suivant la naissance. Ainsi ils sont protégés contre l’hépatite B toute leur vie.
La deuxième action, c’est le dépistage ; parce que nous savons que plus de 95 % des personnes malades ne se connaissent pas malades. Et la maladie va évoluer à grande vitesse sans aucun signe et après 20 ans, les complications vont apparaitre pour entraîner le décès. Il est donc très important d’aller se faire dépister. Dépister une maladie, c’est aller rechercher cette maladie chez une personne qui ne se connaissait pas malade. Et toute la population béninoise est à risque. Donc tout le monde est invité à se faire dépister parce qu’aujourd’hui avec ce que le gouvernement a mis en place, on ne doit plus normalement mourir d’hépatite dans notre pays.
La troisième action prévue, c’est le traitement ; parce que l’hépatite C se traite aujourd’hui en trois mois avec guérison définitive. L’hépatite B, je l’ai déjà dit, c’est essentiellement la vaccination qui met à l’abri et avec la vaccination, on peut aller à l’élimination de cette maladie en une vingtaine d’années. Et chez ceux qui sont déjà contaminés, la maladie peut être contrôlée. Et le gouvernement a mis en place un processus pour que ce mal puisse se traiter à prix abordable.
Et par rapport à tout cela, qu’est-ce qui est fait jusqu’à présent ?
Vous savez, pour construire une maison, il faut poser la fondation. Pour un programme, la fondation, c’est essentiellement les documents normatifs, les textes. Jusqu’à présent c’est ce que nous avons fait. Nous avons déjà élaboré et validé le document de politiques, normes et procédures de prise en charge des malades d’hépatites. Nous avons déjà également élaboré et validé le document de la surveillance épidémiologique.
Parallèlement à ça, le gouvernement a fait quand même beaucoup d’efforts pour le traitement des malades. J’ai déjà dit tout à l’heure ce qui est fait pour l’hépatite B pour que les gens puissent acquérir le médicament à prix abordable. Pour l’hépatite C, les malades qui étaient en instance de traitement depuis 2011 jusqu’en 2018 et qui n’ont pas pu être traités compte tenu du coût élevé du traitement, le gouvernement est en train maintenant de les traiter gratuitement et les dispositions sont en train d’être prises pour continuer ce traitement pour les autres malades au fur et à mesure.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
Les difficultés sont essentiellement de deux ordres. Il y a les insuffisances de ressources financières, matérielles et humaines. Donc ce programme attend d’être doté de personnes qui sont vraiment compétentes par exemple dans le suivi évaluation de la prise en charge des malades et puis pour les problèmes budgétaires, les personnes du service administratif et financier
Deuxième difficulté, c’est la lenteur dans la mise à disposition des ressources provenant du budget de l’Etat comme vous le savez. Ce qui fait qu’entre le moment où on fait la demande et le moment où les ressources arrivent, il s’écoule beaucoup de temps. Ce qui est nuisible à la performance.
Propos recueillis par Ghislain Gbènakpon









