
L’Intelligence artificielle peut-elle créer une révolution dans la détection rapide des cas, l’agrégation des données et une maîtrise évidente des épidémies actuelles ? La question a été au centre des discussions dans le cadre de la deuxième conférence internationale de la CEDEAO sur le Lassa. De l’avis général, il existe d’énormes possibilités mais des préalables sont nécessaires.
En temps de crise la rapidité dans la détection et la prise en charge est nécessaire pour maîtriser l’évolution du virus. Les techniques usuelles d’agrégation des données portent des limites qui peuvent bien être comblées par l’intelligence artificielle. « Par le passé, nous avons des données limitées. Aujourd’hui, nous avons plusieurs outils qui permettent de faire des analyses rapides et prendre en urgence des décisions. Il existe des outils qui permettent de capturer l’environnement, la qualité de l’air. Il est possible avec l’IA de faire de la surveillance de l’évolution génomique d’agents pathogènes. Même pour des rapports de laboratoire, c’est désormais aisé grâce à l’IA », a fait savoir Dre Etien KOUA de l’OMS et bien d’autres experts.
Tout ceci paraît excitant, mais les contraintes sont plurielles. Pour l’expert en numérique Ousmane NIKIEMA, il est tôt pour l’Afrique de faire maintenant et tout de suite des prouesses dans le domaine de l’IA en raison des goulots énormes sur le parcours. « Si nous parlons d’IA qui sera appliqué à notre contexte c’est pour prévenir les épidémies. Quand nous parlons d’IA, nous faisons appel au serveur sur lesquels vont tourner ces algorithmes. Avec quelle énergie allons-nous tourner ces serveurs ? Quand nous parlons d’IA, nous parlons de données fiables. Nous n’avons pas de données. Nous n’avons même pas encore de Big data en Afrique. Des centaines de millions de personnes n’ont pas accès à internet et le taux de pénétration est en deçà de 50 %. Nous avons aussi un manque d’expertise et de compétence numérique. Dans ce contexte, nous nous devons d’être réalistes par rapport à la question de l’IA », a-t-il fait savoir. Face à ces contraintes unanimement reconnues, l’expert appelle à plus de réalisme. « Pour le moment, je suggère d’aller à l’essentiel. Il nous faut équiper nos laboratoires de réactifs. Il nous faut construire les prémisses de données fiables sur lesquels l’IA peut probablement se nourrir », a-t-il fait savoir.
Les débats aussi passionnés confrontant idéalisme et réalisme ont permis de parvenir à l’évidence que l’Afrique n’est pas totalement prête pour l’IA dans le domaine de la surveillance mais peut démarrer avec des dispositifs d’IA assez flexibles et adaptés aux réalités du continent. « Il nous faut aller vers un modèle simple. On peut déjà commencer par former les agents de santé sur des logiciels flexibles qui peuvent fonctionner en mode déconnecté. Ensuite, nous allons mettre en place des mécanismes un peu plus intelligents qui puissent faire des analyses sommaires des données. Quand nous aurions suffisamment éprouvé ça, nous pouvons maintenant aller vers un IA solide et prévenir très tôt les épidémies », a fait savoir l’expert Nikiéma. Au cours des assises, l’autre sujet de préoccupation a été celui de la souveraineté des données. Les discussions assez houleuses ont permis de réaffirmer la nécessité pour l’Afrique d’avoir un système qui garantisse une protection de ses données