
On en sait désormais plus sur les signes non formels de préservation, de protection et de transmission des savoir-faire liés à l’indigo au Bénin ainsi que leurs sens, valeurs et usages. A la journée scientifique de la troisième édition du Symposium sur l’Indigo Africain ( SIA 2024 ) ce jeudi 28 novembre 2024 à Indigo Home dans la commune de Ouidah, les deux chercheurs à savoir Dr. Jean Eudes Missikey ethnolinguistique et Chrispel Yassoundo titulaire d’une licence en patrimoine sollicités pour la cause par Couleur Indigo en partenariat avec Afrique Décide ont livré les résultats de leurs travaux sur le terrain.
Ghislain Gbènakpon

Des chants, des expressions ou proverbes, des panégyriques, des noms de famille pour leurs aspects vie sociale et des usages cultuels. Voilà ce qu’on retient globalement des signes non formels de préservation et de transmission des savoir-faire liés à l’indigo au Bénin dénichés par les chercheurs commis à Ouidah et Abomey, les deux villes où se pratique encore la teinture à l’indigo. Ils ont eu à faire des interviews directes avec des teinturiers, des guides touristiques, des chercheurs, des dignitaires, des membres de familles royales et descendants de teinturiers qu’ils ont complétées avec des observations sur le terrain.

Au titre des chants, trois sont répertoriés à Ouidah et 1 à Abomey. On peut noter à titre indicatif, celui régulièrement fredonné par les femmes de la collectivité Aniambossou qui est à la fois un hommage aux ancêtres et un serment collectif. « En rythmant leur travail à ces paroles, elles expriment leur profond attachement à cet art ancestral et leur engagement à en assurer la pérennité », expliquent les conférenciers.

En ce qui concerne les panégyriques, ils ont recueilli un extrait de celui de la famille Dokponou à Abomey, une famille qui continue de pratiquer l’activité. En résumé, on apprend que l’indigo est un héritage familial et économique à préserver jalousement. Le message véhiculé est un avertissement empreint de sagesse: « Il est imprudent de laisser trainer le Ahozin ( la jarre de l’indigo ). Tes concurrents pourraient en profiter pour y ajouter du sel ruinant ainsi ta solution »
Autres signes non formels

Il ressort aussi de l’exposé des conférenciers que les Fons de Ouidah et d’Abomey reconnaissent plusieurs qualités à l’indigo à travers des mots, expressions ou proverbes. Selon une expression, l’indigo ne vieillit pas. Le tissu teint à l’indigo conserve toujours dans le temps son éclat et sa brillance. Des expressions qui véhiculent les valeurs humaines ont été rapportées. « Celui qui est en train de teindre ne peut laper la main » invite à la tempérance, la retenue, la modération et à la pondération. Il y a aussi des paroles de bénédiction comme « Tu vas vivre plus longtemps que le bâton de l’indigo » pour souhaiter des voeux de longévité et de santé robuste à quelqu’un. Des injures et taquineries sont associées à l’indigo. Il en est ainsi de « Noir comme la cuve d’indigo », « Epouser une femme aussi vieille que le bâton d’indigo » Les conférenciers font observer que les instruments utilisés dans la teinture à l’indigo sont souvent associés à la vieillesse et à la longévité. « Aller à malè et casser la jarre d’indigo », fait allusion au rapport sexuel.
L’indigo a également influencé l’avènement de noms de famille qui ont en commun le radical « Aho » qui signifie Indigo en français. « Aho, Tamadaho, Aholiatin ( L’indigo s’est parfaitement intégré au bâton indiquant que la solution est prête à être utilisée ) ont été choisis de l’activité de l’indigo pour devenir par la suite des anthroponymes de certaines familles. En langue Fon, Aho veut dire indigo. Cependant, les témoignages recueillis sur le terrain indiquent que les personnes portant ce nom de famille ne pratiquent pas forcément la teinture à l’indigo. Le choix de cet anthroponyme serait lié à la symbolique de l’indigo et sa capacité exceptionnelle à se fixer durablement sur les tissus. Par analogie, les membres de cette famille se comparent à l’indigo, symbole de force et de résilience », ont également expliqué les conférenciers.

Pour ce qui concerne l’usage cultuel, il faut retenir d’une part que l’indigo sert à colorer les objets sacrés et de l’autre, qu’il est utilisé dans les cérémonies de purification dans les temples vodun comme Hêviosso, Gambada, Thron. Par ailleurs, il permet de maitriser et de contrôler des phénomènes météorologiques comme la pluie qu’il sert à provoquer ou arrêter.


































